{"id":6880,"date":"2016-07-29T14:00:11","date_gmt":"2016-07-29T13:00:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grandesterresbio.com\/?p=6880"},"modified":"2016-07-29T14:47:07","modified_gmt":"2016-07-29T13:47:07","slug":"le-miracle-du-village-ethiopien-devenu-une-oasis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/claire-jannot.com\/?p=6880","title":{"rendered":"Le miracle du village \u00e9thiopien devenu une oasis"},"content":{"rendered":"<h2>Ce matin, Gidey Kahsay n\u2019a pas grand-chose \u00e0 faire. Il a pass\u00e9 les derniers jours \u00e0 ensemencer son champ de bl\u00e9, et attend d\u00e9sormais que la pluie tombe. Mais si elle n\u2019est pas battante, ou si elle tarde \u00e0 arroser son terrain, ce ne sera pas grave. Son champ de ma\u00efs, \u00e0 quelques pas, est luxuriant.\u00a0\u00abIci, nous n\u2019avons plus besoin d\u2019attendre que l\u2019eau tombe du ciel. Nous faisons nos r\u00e9coltes trois fois par an\u2026\u00bb,\u00a0explique le quinquag\u00e9naire.<\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grandesterresbio.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6881\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-6881\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grandesterresbio.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg?resize=387%2C529\" alt=\"avocatier\" width=\"387\" height=\"529\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/claire-jannot.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg?w=1159&amp;ssl=1 1159w, https:\/\/i0.wp.com\/claire-jannot.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg?resize=219%2C300&amp;ssl=1 219w, https:\/\/i0.wp.com\/claire-jannot.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg?resize=768%2C1050&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/claire-jannot.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/avocatier.jpg?resize=749%2C1024&amp;ssl=1 749w\" sizes=\"auto, (max-width: 387px) 100vw, 387px\" \/><\/a><strong>A Abreha We Atsbeha, un village perch\u00e9 \u00e0 2000 m\u00e8tres d\u2019altitude dans le nord de l&rsquo;Ethiopie<\/strong>, connu pour abriter l\u2019une des plus anciennes \u00e9glises rupestres du pays, les <strong>5000 habitants<\/strong>, tous des fermiers, ne souffrent pas de la s\u00e9cheresse qui frappe durement le pays depuis plus d\u2019un an, et qui a plong\u00e9 plus de 10 millions de personnes dans une situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p>\u00abNous aussi, nous avons connu la faim,\u00a0raconte <strong>Gidey Kahsay<\/strong> en observant son fils griller des \u00e9pis de ma\u00efs sur du charbon de bois.\u00a0Mais, gr\u00e2ce \u00e0 notre travail acharn\u00e9, ce n\u2019est plus qu\u2019un mauvais souvenir.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019histoire d\u2019Abreha We Atsbeha ressemble \u00e0 une fable. <strong>A la fin des ann\u00e9es 1990, il n\u2019y avait pas assez d\u2019eau pour les hommes et les b\u00eates.<\/strong> La nourriture manquait. Seule l\u2019aide alimentaire permettait de survivre. L\u2019exode mena\u00e7ait le village.<\/p>\n<p>Le gouvernement \u00e9thiopien laisse alors le choix aux habitants : <strong>aller vivre ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019herbe est plus verte, ou travailler tr\u00e8s dur pour faire de ce village un \u00ablaboratoire\u00bb<\/strong>, en rompant avec les pratiques agricoles traditionnelles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00abNotre premi\u00e8re d\u00e9cision commune a \u00e9t\u00e9 d\u2019<strong>interdire aux fermiers de faire brouter leurs b\u00eates \u00e0 tort et \u00e0 travers<\/strong>\u00bb,\u00a0explique Abo Hawi. Visage rid\u00e9 sous une casquette publicitaire, la soixantaine rondouillarde, il r\u00e8gne sur ce village de la r\u00e9gion \u00e9thiopienne du Tigr\u00e9, \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019Erythr\u00e9e, depuis pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 difficiles, explique l\u2019\u00e9dile.<strong> Il a fallu creuser des centaines de puits souterrains, construire des digues pour retenir l\u2019eau de pluie<\/strong>, restaurer les berges \u00e9rod\u00e9es des rivi\u00e8res. Et introduire de nouvelles pratiques : <strong>compostage, diversification et rotation des cultures\u2026<\/strong> Les villageois ont aussi am\u00e9nag\u00e9 des terrasses dans les montagnes et plant\u00e9 des centaines d\u2019arbres.<\/p>\n<p><strong>Depuis, les revenus des fermiers ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par vingt, et la production alimentaire par dix. Et Abo Hawi distribue gratuitement le surplus d\u2019eau aux villages alentour contre quelques coups de main en nature.<\/strong><\/p>\n<p><strong>A Abreha We Atsbeha, les orangers, les avocatiers et les manguiers sont couverts d\u2019ombre par d\u2019immenses acacias\u00a0Faidherbia albida,\u00a0ces arbres fixateurs d\u2019azote qui fournissent des gousses pour alimenter les b\u00eates, et sur lesquels les abeilles r\u00e9coltent du pollen. Le miel du village est d\u2019ailleurs export\u00e9 jusqu\u2019en Italie.<\/strong><\/p>\n<p>\u00abIls ont mis en place<strong> une agriculture intelligente et r\u00e9siliente face au changement climatique<\/strong> qui fait de ce village un centre d\u2019apprentissage en Ethiopie, et \u00e0 travers le monde\u00bb,\u00a0explique la professeure <strong>Fetien Abay, la directrice de l\u2019Institut des \u00e9tudes sur l&rsquo;environnement<\/strong>, le genre et le d\u00e9veloppement de Mekele, la capitale de la r\u00e9gion.\u00a0Ses \u00e9tudiants font d\u2019ailleurs des exp\u00e9rimentations dans les champs des villageois.\u00a0\u00abLes habitants adaptent les conseils des chercheurs aux conditions locales et ne cessent d\u2019innover\u00bb,\u00a0poursuit-elle. Par exemple, <strong>pour \u00e9viter une exploitation trop intensive des eaux souterraines, ils se sont mis d\u2019accord pour utiliser les puits \u00e0 plusieurs.<\/strong><\/p>\n<p>Sans une certaine discipline, jamais ce village ne pourrait pr\u00e9tendre au titre d\u2019<strong>\u00abAmazonie \u00e9thiopienne\u00bb<\/strong>, comme souhaiterait pouvoir l\u2019appeler un jour Abo Hawi.<\/p>\n<p><strong>Les habitants respectent un pacte : ils offrent chaque ann\u00e9e quarante jours de leur temps de travail pour la communaut\u00e9.<\/strong> Et la loi locale est sans appel : lors de la r\u00e9union hebdomadaire, les moins assidus doivent se tenir debout devant les autres, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 leur jeter l\u2019opprobre et \u00e0 leur r\u00e9clamer de l\u2019argent. Les plus z\u00e9l\u00e9s, en revanche, ont\u00a0\u00abdroit \u00e0 des avantages en nature, comme des cahiers ou des radios\u00bb,\u00a0pr\u00e9cise le chef.<\/p>\n<p>Un brin despote, Abo Hawi ?\u00a0<strong>\u00abL\u2019ob\u00e9issance fait partie de notre culture\u00bb<\/strong>,\u00a0assure le chef politique, qui assume son leadership paternaliste. Dans son village, les gens ne pensent pas que <strong>la pauvret\u00e9 vient de la volont\u00e9 de Dieu, mais plut\u00f4t de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 travailler dur<\/strong>, poursuit-il. Et la richesse ne se mesure pas aux hectares de terres et \u00e0 la taille du troupeau comme dans les autres zones rurales, mais aux appareils de pompage et aux puits de chaque propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Bien align\u00e9 sur la strat\u00e9gie verte du gouvernement, Abo Hawi est d\u00e9sormais charg\u00e9 de transposer son mod\u00e8le aux villages voisins. En plus des r\u00e9compenses locales, <strong>le fermier, qui n\u2019est jamais all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole, a remport\u00e9, en 2012, le prix Equateur du Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD).<\/strong> Abreha We Atsbeha est d\u00e9sormais cit\u00e9 en exemple par les experts mondiaux d\u2019agroforesterie.<\/p>\n<p>Le chef du village a partag\u00e9 son savoir-faire en Turquie, en Suisse, en Namibie et au Br\u00e9sil lors de conf\u00e9rences sur le r\u00e9chauffement climatique ou les migrations.\u00a0<strong>\u00abLa r\u00e9habilitation des sols est un moyen d\u2019\u00e9viter la crise migratoire<\/strong>,\u00a0assure Abo Hawi.\u00a0Quand une personne poss\u00e8de des terres, peut travailler et manger \u00e0 sa faim, elle a une autre option que de traverser la M\u00e9diterran\u00e9e. La preuve : <strong>plus personne ne veut partir d\u2019ici.\u00bb<\/strong><\/p>\n<h6>Source :\u00a0LE MONDE Le 28.07.2016 \u00e0 06h32<\/h6>\n<h6>Cr\u00e9dit photo :\u00a0Par Bernard Gagnon (Travail personnel) [GFDL (http:\/\/www.gnu.org\/copyleft\/fdl.html) ou CC BY-SA 3.0 (http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-sa\/3.0)], via Wikimedia Commons<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce matin, Gidey Kahsay n\u2019a pas grand-chose \u00e0 faire. Il a pass\u00e9 les derniers jours \u00e0 ensemencer son champ de bl\u00e9, et attend d\u00e9sormais que la pluie tombe. 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