James Ellroy: Balzac, Los Angeles et moi

L’écrivain américain, qui vient de publier « La Tempête qui vient », qui se déroule après Pearl Harbor dans une Amérique en chaos, raciste, antisémite et parano, terrifiée par la présence d’une « cinquième colonne » ennemie.

James Ellroy à Toulouse en 2011

Dans Le Temps des écrivains une émission spéciale avec quelqu’un qui vient de traverser l’Atlantique pour nous parler de son nouveau livre consacré, comme toujours, à une ville, qui est davantage qu’une ville, mais un puissant univers romanesque. Inondée de soleil le jour, peuplée de démons la nuit, telle est Los Angeles, dont notre invité a fait, depuis bien des années, le cœur de sa création. Surnommé par lui-même « le chien fou de la littérature américaine », et par Joyce Carol Oates « le Dostoïevski américain », James Ellroy est notre invité ce samedi.

Femmes fatales et ciel zébré d’éclairs

James Ellroy publie donc un nouveau livre, « This Storm » en anglais, « La Tempête qui vient », en français (chez Rivages), deuxième tome de votre nouveau « Quatuor de Los Angeles ». Rappelons à celles et ceux qui auraient en effet hiberné depuis trente ans que le premier « Quatuor », qui couvrait douze ans de l’histoire américaine de l’après deuxième guerre mondiale, de 1946 à 1958, était composé du « Dahlia Noir », du « Grand Nulle Part », de « LA Confidential » et de « White Jazz ». Autant de romans qui l’ont propulsé au pinacle du roman noir, dont il a redéfini les codes. Ce Quatuor était centré autour d’une série de meurtres, d’enquêtes, d’histoires de corruption impliquant des personnages ambigus, policiers de Los Angeles et homme de Loi pourris, vedettes de cinéma à la ramasse, femmes fatales parfois assassinées, bref, une pléiade d’individus dessinant des constellations sophistiquées dans un ciel romanesque obscur zébré d’éclairs, ce qui a fait dire à l’éditeur français d’Ellroy, François Guerif,  qu’à l’instar de Balzac, Ellroy avait composé une « comédie humaine ».

Faire concurrence à l’Etat civil ? 

Nous interrogeons d’abord Ellroy sur cette comparaison. Se sent-il quelques points communs avec celui qui voulait faire ce qu’il appelait « une histoire naturelle de la société », et « faire concurrence à l’Etat civil », en inventant un monde fictif, fort de plus de deux mille personnages appartenant à toutes les classes sociales de l’époque, la pègre, les courtisanes, l’aristocratie, la banque ? Et concevait son projet romanesque comme une « contribution à la connaissance et à la compréhension d’une époque » ? 

« J’aurai porté une société tout entière dans ma tête » disait encore Balzac. N’est-ce pas le cas avec tous ces personnages qui habitent dans la tête de James Ellroy ? Le sergent Elmer Jackson, l’expert médicolégal Hideo Ashida, Claire de Haven, Kay Lake, ou le fameux « Dudster », le sergent Dudley Smith, à nouveau à l’honneur dans « La Tempête qui vient » ? Quel rapport entretient-il avec eux, pour les faire revenir ainsi dans ces romans ? Et de plus en plus jeunes ? 

Morale tourmentée

Car ce nouveau « Quatuor », dont « La Tempête qui vient » marque le second tome après « Perfidia », se déroule avant le premier « Quatuor ». 

L’histoire commence le 31 décembre 1941, quelques semaines après Pearl Harbor. La guerre avec le Japon a été déclarée, l’internement des citoyens américains d’origine japonaise bat son plein, Los Angeles est la proie de pluies torrentielles, et le sergent Dudley Smith se livre avec Claire de Haven, à un lucratif trafic de drogue tout en travaillant avec les services secrets. En étant, last but not least, de plus en plus attiré par un très beau personnage de femme, Kay Lake, présente dans « Le Dahlia Noir » et « Perfidia »

Ce nouveau roman va raconter l’affrontement entre le corrompu Dudley Smith et Bill Parker, catholique à la morale tourmentée, dans une Amérique en chaos, raciste, antisémite et parano, terrifiée par la présence d’une « cinquième colonne » ennemie. Il y est question aussi de la découverte d’un cadavre découvert après un glissement de terrain. Un cadavre qui remonte aux années 30 et à un magot qui continue à déchainer les convoitises. Comme toujours chez Ellroy, il faut se préparer pour plonger, une nouvelle fois, dans une sorte de marigot mêlant la petite et la grande Histoire, et suivre, surtout, les mille et uns fils qui unissent ses personnages se débattant dans mille intrigues policières et humaines influencées par les événements de la période et leur rencontre avec des personnages réels comme Orson Welles ou Otto Klemperer, William H. Parker.

Charlie Parker et Beethoven

James Ellroy est venu avec ses choix musicaux. Beethoven, Charlie Parker. On les écoute, et on parle de ce nouveau livre, de ses obsessions, sa quête de la rédemption, et sa méthode pour, comme il le disait dans « Perfidia », sortir de notre époque pour investir son royaume romanesque : « Fais comme les petits singes bouche-toi les oreilles, bouche-toi les yeux. Efface ce putain de monde extérieur »

« Si je veux l’amour des critiques, l’amour des lecteurs, l’amour des libraires, il me faut venir en France ! car c’est là qu’il y a des gens qui tentent de comprendre les livres. Et c’est là qu’ils vivent. C’est l’Europe mais plus spécifiquement la France. C’est le lieu où rentre profondément l’amour des gens pour le film noir, le roman noir.» J.E.

Source : France Culture
Ch. Ono-dit-Biot✔@C_Ono_dit_Biot

Crédit photo : By Guillaume Paumier – Own work, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12840514

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